Une équipe de chercheurs franco-japonaise a récemment présenté à Emmanuel Macron une méthode de cryptographie basée sur l’ADN synthétique. Ce procédé permet de générer et de partager des codes secrets inviolables. Il pourrait protéger des communications sensibles, comme les échanges diplomatiques, militaires et financiers des ordinateurs du futur.
Avec les nouvelles technologies comme l’IA, les cyberattaques se sophistiquent et se complexifient. Dans ce contexte, il devient difficile d’obtenir une communication sécurisée. Il existe des méthodes de cryptographie théoriquement inviolables, comme le « chiffrement de Vernam » (ou méthode OTP – « One Time Pad » ou « masque jetable »). Ce système de chiffrement symétrique utilise une clé unique et aléatoire, de même longueur que le message. Lorsqu’on l’applique correctement, il offre une sécurité dite à toute épreuve, car le message chiffré ne révèle aucune information sans la clé.
Des chercheurs français et japonais créent un système de cryptographie basé sur l’ADN synthétique
Toutefois, produire et partager de telles clés rend l’application de cette méthode lourde et compliquée pour les communications modernes, en particulier lorsque l’expéditeur et le destinataire sont séparés par des distances importantes. Face à cette contrainte, une équipe de chercheurs franco-japonaise a développé un système de cryptographie basé sur l’ADN synthétique, lui aussi jugé inviolable.
Cette innovation repose sur l’utilisation de quatre lettres de notre code génétique pour créer artificiellement des codes secrets parfaits, à la fois uniques, complexes, parfaitement aléatoires et ultra miniaturisés. La différence avec l’OTP, c’est qu’il est possible de copier à l’identique ces séquences d’ADN, à l’aide de processus enzymatiques, et de les partager entre un expéditeur et un destinataire en toute sécurité.
Un test effectué devant Emmanuel Macron
Les créateurs de cette nouvelle méthode de cryptographie sont issus du CNRS, de l’Université de Tokyo, de l’Université de Limoges, de l’IMT Atlantique et de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI Paris – PSL). Ils ont présenté et testé pour la première fois leur invention à Emmanuel Macron, à l’occasion du déplacement du président français à Tokyo, le 1er avril 2026. Ces scientifiques français et japonais ont expliqué avoir créé deux clés à partir d’ADN synthétique, l’une à Paris pour le chiffrage, l’autre à Tokyo pour le déchiffrage. Les clés ont été échangées dans cette opération, en conditions réelles.
De l’ADN synthétique fabriqué par des machines
« L’ADN dont on parle ici, c’est de l’ADN 100% synthétique, qui a été fabriqué par des machines », confirme Yannick Rondelez, directeur de recherche au CNRS. Le chercheur précise que « quelques milligrammes d’ADN suffiraient à encrypter des millions de disques durs ».
Nicolas Clément, directeur du laboratoire historique franco-japonais LIMMS de Tokyo, rattaché au CNRS, confirme qu’« avec quelques grammes d’ADN, on peut stocker des quantités colossales de données ». Selon lui, l’ADN est « le disque dur parfait ». Bluffé par la démonstration au LIMMS, Emmanuel Macron a déclaré de son côté que « c’est hyper impressionnant » et qu’il s’agit d’« un potentiel d’innovation et de développement […] énorme ».
Des clés de chiffrement parfaitement aléatoires, mais identiques par paire
Pour créer leurs codes secrets inviolables, les scientifiques français et japonais ont d’abord généré des ensembles d’ADN d’origine entièrement synthétiques, puis les ont dupliqués. Ces fragments d’ADN correspondants produisent ensuite des clés de chiffrement parfaitement aléatoires, mais identiques 2 à 2. Une copie est conservée chez l’expéditeur et l’autre par le destinataire.
L’opération s’effectue juste avant la communication, grâce à de puissantes machines de séquençage. Ces dernières lisent les molécules pour assembler une clé numérique binaire (composée de 0 et de 1) qui permet de coder, d’envoyer et de décoder un message pouvant peser plusieurs centaines de mégaoctets.
La cryptographie sur ADN synthétique promet une sécurité inconditionnelle pour les communications sensibles
Cette approche présente une densité de stockage impressionnante, l’équivalent d’un million de disques durs pour le contenu d’une éprouvette, ainsi qu’une stabilité remarquable. De plus, la génération de clés cryptographiques partagées via l’ADN se fait indépendamment de la distance entre l’émetteur et le récepteur. Autrement dit, on pourrait utiliser cette méthode pour envoyer des messages sécurisés sur la Lune depuis la Terre, par exemple.
En combinant biotechnologie moléculaire et cryptographie, ce système de chiffrement basé sur l’ADN ouvre des perspectives prometteuses pour une sécurité inconditionnelle -non fondée sur des conditions ou hypothèses- dans les réseaux de communication sensibles à travers le monde. On pourrait notamment l’utiliser pour des échanges diplomatiques, militaires, scientifiques ou des communications spatiales.