Russie : la visite du patron de la CIA, John Ratcliffe, objet de toutes les spéculations

Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou mardi à bord d’un avion militaire depuis Riga, en Lettonie. Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, il a discuté avec les services secrets russes. Mais le contenu des échanges n’a pas été révélé. De quoi nourrir toutes les spéculations. Le chef des renseignements américains est-il allé en Russie pour mettre en garde Vladimir Poutine contre une action insensée visant un membre de l’OTAN ? Ou a-t-il supplié le Kremlin de ne pas lancer une attaque d’envergure contre l’Ukraine ?

Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu mardi à Moscou, depuis Riga en Lettonie, pour une visite non officielle. Selon plusieurs médias américains, dont CBS, il a effectué ce voyage à bord d’un Boeing C-17A Globemaster III de l’armée de l’air des Etats-Unis. L’appareil a regagné la capitale lettonne le même jour. Ce déplacement a surpris beaucoup de personnes. C’est le premier d’un patron des renseignements américains en Russie depuis le lancement de l’invasion de l’Ukraine, en février 2022.

Que faisait John Ratcliffe à Moscou ?

Le Kremlin a confirmé que John Ratcliffe s’est bien rendu à Moscou ce mardi. Son porte-parole Dmitri Peskov a même indiqué que le directeur de la CIA y était pour des discussions entre « services secrets », sans rencontrer le président Vladimir Poutine. Il n’a pas précisé la teneur des échanges, mais a qualifié ces contacts de « positifs ». Peskov a toutefois jugé « qu’il est encore trop tôt pour dire dans quelle mesure cela aura une incidence sur le processus visant à sortir les relations (russo-américaines) de la crise ». De son côté, Donald Trump a évoqué une visite de « semi-routine » et déclaré qu’il voulait la fin de la guerre en Ukraine. Le président américain a également assuré que ce déplacement n’était lié ni à l’Iran ni à des menaces russes contre l’OTAN.

Un voyage de semi-routine n’est pas un voyage de routine

Donald Trump parle donc de visite de « semi-routine ». Ce terme mérite de retenir l’attention. Les directeurs généraux des services secrets effectuent en effet, tous les ans, des visites à leurs homologues. Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement et auteur de Grand angle sur l’espionnage russe (UPPR Editions) relève qu’il s’agit de visites classiques dans des pays avec lesquels l’on est ami, donc pas en crise. Or, les relations entre la Russie et les Etats-Unis se sont fortement dégradées depuis l’invasion de l’Ukraine. Cette visite de routine n’est donc pas si habituelle.

John Ratcliffe aurait mis en garde Vladimir Poutine contre une attaque visant un membre de l’OTAN

Par ailleurs, la Russie et les Etats-Unis conservent des liens diplomatiques, malgré les tensions actuelles, via notamment leur ambassade respective à Washington D.C et à Moscou. Ainsi, ils auraient pu utiliser ces canaux officiels pour discuter ou passer des messages, au lieu d’envoyer un avion-cargo de plus de 50 mètres au-dessus de Moscou. S’agit-il d’une démonstration de force ou d’une tentative d’intimidation ? Et dans quel but ?

Selon une hypothèse répandue dans les médias européens, John Ratcliffe se serait rendu en personne en Russie pour mettre en garde Vladimir Poutine contre toute velléité de « tester la détermination de l’OTAN » par des attaques contre l’Alliance. Notamment en lançant une action préventive contre un pays du flanc Est tel que la Finlande ou en menant une opération de sabotage contre un membre important comme la France et le Royaume-Uni.

John Ratcliffe aurait demandé à Vladimir Poutine de ne pas lancer une attaque de grande envergure contre l’Ukraine

Une autre hypothèse voudrait que John Ratcliffe ait demandé à Vladimir Poutine de ne pas lancer une attaque de grande envergure pour prendre Kiev et renverser pour de bon le régime de Volodymyr Zelensky. Mais le maître du Kremlin a-t-il les moyens d’une telle offensive quand on sait que son armée n’avance pas d’un pouce dans le Donbass depuis plus de quatre ans ?

Il faut néanmoins souligner que le président russe a prévenu, il y a quelques jours, que Zelensky avait ouvert la boîte de Pandore en frappant des entrepôts et des sites énergétiques en Russie. Cette dernière hypothèse paraît un peu crédible car le dernier voyage connu d’un directeur de la CIA en Russie remontait à novembre 2021, avant le début de la guerre en Ukraine en février 2022. William Burns avait été dépêché à Moscou pour « mettre en garde » la Russie contre le renforcement de ses troupes près de la frontière ukrainienne, à quelques mois du début de l’offensive militaire russe.

Patience, le bavard Donald Trump en dira un peu plus bientôt

D’autres sources évoquent de possibles discussions pour associer la Russie aux négociations avec l’Iran afin de mettre fin au conflit dans le détroit d’Ormuz. C’est peu probable vu que Steve Witkoff et Jared Kushner, principaux négociateurs de Trump, doivent se rendre à Moscou dans les prochaines semaines pour en discuter. Plusieurs chaînes Telegram russes parlent aussi de négociations relatives à la libération d’un prisonnier américain, Charles Wayne Zimmerman. Ce dernier a été arrêté en 2025, puis condamné en janvier à cinq ans de prison pour être entré en territoire russe avec une arme. Mais a-t-on besoin de dépêcher le patron de la CIA à Moscou pour ça ? Difficile de le croire. Il faudra peut-être attendre les prochaines semaines pour voir Trump, toujours aussi bavard, cracher le morceau à bord de son Boeing 747-8.

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