En début de semaine dernière, des procureurs milanais ont placé la branche italienne de Glovo sous contrôle judiciaire et ouvert une enquête sur des accusations d’exploitation de livreurs. La plateforme espagnole de livraison de repas n’a pas commenté cette action judiciaire. Mais son propriétaire, le groupe allemand Delivery Hero, a dit collaborer avec les autorités judiciaires. Cette affaire pourrait dégrader son image et ruiner sa réputation mondiale.

En début de semaine dernière, des procureurs milanais ont placé la branche italienne de Glovo sous contrôle judiciaire, dans le cadre de la dernière étape d’une vaste campagne nationale contre l’exploitation de la main-d’œuvre dans plusieurs secteurs d’activités. Ils ont également ordonné une enquête judiciaire d’urgence sur sa filiale italienne Foodinho. Foodinho et Glovo n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. Quant à la société-mère allemande Delivery Hero, elle a déclaré qu’elle et ses marques collaborent toujours avec les autorités judiciaires dans toutes les juridictions et qu’elle ne pouvait pas faire d’autres commentaires à ce stade de l’enquête.

Les livreurs de Glovo payés en dessous du seuil de pauvreté

D’après l’acte d’accusation de 54 pages consulté par Reuters, les livreurs de Foodinho étaient payés en dessous du seuil de pauvreté, avec une moyenne de 2,50 euros par livraison, parfois plus de 75% en dessous du minimum légal de 1 245 euros par mois. Chez Globo, les salaires des livreurs – plus de 40 000 en Italie – sont inférieurs de 81,62 % au salaire minimum conventionnel et de 76,95 % au seuil de pauvreté. Dans trois quarts des cas, il manquerait en moyenne à ces travailleurs 5 000 euros bruts par an pour vivre dignement. Dans les cas les plus graves, ce manque pourrait atteindre 12 000 euros. Une situation déplorable. Les procureurs milanais la trouvent d’autant injuste que les coursiers sont officiellement indépendants, mais travaillent en réalité comme des employés.

Des responsables de Globo Italie tentent de défendre la société

L’accusation portée par les procureurs de Milan est grave et pourrait ruiner la réputation et l’image de l’entreprise de renommée mondiale. Certains de ses responsables tentent bien que mal de défendre la société en relativisant les chiffres dévoilés par les magistrats. Ils affirment que la réalité est bien plus complexe. Selon eux, c’est un travail pour étudiants et chaque livraison serait rémunérée entre 2,50 et 3,70 euros selon la distance et la ponctualité. Il ne s’agit pas du salaire horaire brut, mais d’une rémunération basée sur la performance. Et tout dépendrait de la taille de la zone urbaine où le coursier opère. Cette zone déterminerait le nombre de courses qu’il peut effectuer par jour. « Glovo n’est pas une entreprise qui embauche du personnel permanent à temps plein », lâche une source qui soupçonne les procureurs milanais de se livrer à une chasse aux sorcières.

En France, Uber accusé d’avoir dissimulé une relation de salariés en contrats d’indépendants

Mais, pour beaucoup, il ne s’agit pas de définir une nouvelle catégorie de travailleurs. Il est plutôt question d’adapter le droit du travail au monde numérique. Cela implique de reconnaître que la subordination peut aussi se manifester par le biais d’algorithmes et de plateformes. Aussi, il est essentiel de garantir des droits et une protection sociale minimaux aux travailleurs, tout en mettant en place des négociations collectives, y compris pour les plateformes numériques.

Notons que jusqu’à présent, le parquet de Milan avait concentré ses efforts sur les secteurs de la sécurité, de la logistique, de la grande distribution et de la mode, dans le cadre d’une vaste campagne nationale contre l’exploitation de la main-d’œuvre en Italie, ces trois dernières années. En France, des accusations émergent également. En Île-de-France, l’Urssaf a réclamé début février 1,7 milliard d’euros de cotisations à Uber pour avoir dissimulé une relation de salariés en contrats d’indépendants aux dépens de ses 71 000 chauffeurs, entre 2019 et 2022.

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