Un séparateur de minéraux dans une mine à ciel ouvert.

La Chine a créé en décembre dernier China Rare Earth Group en fusionnant d’importantes compagnies de terres rares nationales. Cette méga-entreprise devrait lui permettre de renforcer sa domination sur le secteur. Mais pour combien de temps encore alors que la riposte des Occidentaux s’accentue? 

La Chine règne sur le monde des terres rares depuis les années 1990, après avoir détrôné les Etats Unis. Depuis, sa part n’a cessé de grimper pour atteindre 90% au début du millénaire. Mais, cette proportion a fondu pour tomber à 70% à partir des années 2010. Pour conserver cette domination sans partage, voire la corser, Pékin a fusionné en décembre 2021 les principaux producteurs de terres rares nationaux. Objectif : créer un géant mondial des terres rares. Baptisée China Rare Earth, cette méga entreprise basée à Ganzhou est directement dirigée par Pékin, via la Commission de supervision et d’administration des actifs (SASAC). Celle-ci détient une participation majoritaire de 31,21% dans l’ensemble.

Une arme stratégique face à l’UE et aux Etats Unis

China Rare Earth pèse 60 à 70 % de la production nationale de terres rares lourdes. Ce poids permet au gouvernement de contrôler les prix, qui devenaient bas de gamme à cause de la forte concurrence dans l’industrie. La Chine a surtout l’opportunité de renforcer sa mainmise sur le secteur et d’imposer son diktat lors des futures négociations commerciales avec Bruxelles et Washington. L’Union européenne (UE) et les Etats Unis dépendent respectivement de la production chinoise à 80 et 90%. Une situation inquiétante pour ces deux blocs.

Plus que l’Europe, les Etats Unis ont l’intention de se dégager de cette dépendance le plus tôt possible. Ils étudient actuellement l’ouverture de nouvelles mines, mais ce ne sera pas facile à cause des obstacles législatifs. Fin mars, le Sénat américain a présenté un projet de loi visant à réduire la dépendance des Etats Unis à l’égard de la Chine sur les terres rares. Cette nouvelle législation s’appuie sur le Quad, une alliance stratégique entre les Etats Unis, l’Australie, le Royaume-Uni, le Japon et l’Inde. Le partenariat fonctionne déjà très bien avec l’Australie, qui a mis en place une véritable politique d’indépendance des terres rares.

Des investissements massifs et des technologies de pointe

En février 2021, le département américain de la Défense a signé un accord de 30 millions de dollars avec Lynas Corporation. Cette société minière australienne possède le gisement de Mt Weld Central Lanthanide, l’un des plus riches au monde et le plus grand en dehors de la Chine. Mais, les entreprises australiennes restent de taille modeste dans le secteur minier face aux géants chinois. Ceux-ci disposent d’investissements massifs, de technologies de pointe et d’un vaste réseau de raffinage de produits bruts.

Notons que les Etats Unis financent également des projets en Afrique, où d’immenses réserves ont été identifiées, notamment en Angola. Malgré tous ces efforts, la Chine devrait conserver sa domination pour au moins une décennie encore, selon les spécialistes du secteur. En partie grâce à China Rare Earth Group, qui augmentera bientôt la production chinoise. La création de ce mastodonte change déjà quelque chose pour Pékin. Les autorités chinoises ont constaté une revalorisation des prix et une amélioration de la protection de l’environnement.

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