Bientôt des data centers dans l’espace ? Les géants du spatial et de la tech y pensent de plus en plus pour faire face aux besoins croissants de l’intelligence artificielle (IA) sans épuiser les ressources terrestres. Ces installations permettraient de réduire l’utilisation du sol et les coûts énergétiques, ainsi que d’améliorer les vitesses de traitement. Mais les scientifiques s’inquiètent des effets de ces constellations sur le ciel nocturne.
C’est désormais une réalité bien connue. Les data centers liés à l’intelligence artificielle consomment énormément d’énergie. La consommation énergétique de ces infrastructures représente entre 2 % et 3 % de la consommation mondiale d’électricité. D’ici à 2030, elle pourrait atteindre jusqu’à 17 % aux États-Unis. Ces installations engloutissent également d’immenses quantités d’eau pour refroidir les serveurs, tout en accaparant des milliers d’hectares. Pour limiter la surface occupée ainsi que les effets sur l’environnement, les géants du spatial et de la tech pensent de plus en plus à les construire dans l’espace.
Des data centers orbitaux permettraient de réduire l’utilisation du sol terrestre, les coûts énergétiques et la latence des données
Un data center dans l’espace prendra la forme d’un satellite dédié au calcul. Placé en orbite basse, il sera alimenté par des panneaux solaires et refroidira ses serveurs intégrés via des radiateurs thermiques qui évacuent l’énergie par rayonnement. Des data centers orbitaux permettraient de réduire l’utilisation du sol terrestre, les coûts énergétiques et la latence des données. Ces arguments ont poussé les mastodontes de la tech à lancer plusieurs projets. Comme SpaceX, Blue Origin et Google. La firme de Mountain View est régulièrement pointée du doigt par les associations environnementales pour sa consommation énergétique gigantesque. Elle a absorbé en 2025 près de 42 millions de mégawattheures (MWh) par an, soit plus que la Nouvelle-Zélande ou le Danemark en un an.
Il faudra résoudre certaines questions pour en faire une vraie alternative aux centres de données terrestres
Si l’idée de data centers orbitaux est tentante, il faudra résoudre certaines questions pour en faire une vraie alternative aux centres de données terrestres. D’abord les températures extrêmes et l’environnement imprévisible. L’électronique devra nécessairement embarquer des protections car les radiations peuvent griller la mémoire, détruire les transistors ou raccourcir fortement la durée de vie de ces installations spatiales. Il sera peut-être également nécessaire de revoir la conception même des cartes mères parce qu’elles pourraient ne pas fonctionner dans le vide spatial si hostile.
Les data centers en orbite pourraient générer une lumière artificielle nuisible aux espèces migratoires
Si les géants de la tech sont capables de trouver les solutions techniques, ils devront aussi faire face à de nombreuses critiques. Des chercheurs s’inquiètent des effets de constellations de data centers sur le ciel nocturne, alors même que les satellites encombrent déjà la voûte céleste (jusqu’à 19 000 en orbite basse). Ces installations pourraient rendre impossibles ou difficiles des observations scientifiques depuis le sol. Elles pourraient également générer une lumière artificielle qui perturberait la migration de certaines espèces habituées à se repérer grâce aux étoiles.
Des data centers dans la mer en option
Chez l’être humain, l’exposition à une luminosité nocturne accrue génère des troubles du sommeil ou des dérèglements hormonaux. Enfin, il y a la question de la fin de vie des satellites. Ces structures de plusieurs tonnes devraient être remplacées au bout d’un certain temps. En les désorbitant, elles brûleraient dans l’atmosphère, se consumeraient et libèreraient des quantités massives d’oxyde d’aluminium, qui favorise la dégradation de la couche d’ozone. Les entreprises technologiques évitent évidemment de parler de tous ces risques, mais y pensent fortement. Elles travaillent d’ailleurs sur d’autres options, notamment les data centers dans la mer.
