Commencé timidement mi-septembre, le blocus des lycées français a rapidement pris de l’ampleur dans la rue, grâce à la force des réseaux sociaux. Le mouvement est particulièrement porté par TikTok, Instagram, Snapchat, WhatsApp et X. Ces plateformes facilitent l’organisation des blocages, la diffusion des revendications et le rassemblement des jeunes, via notamment des stories et des vlogs.
Depuis la mi-septembre, un important mouvement lycéen paralyse les cours en France. Soutenus par des étudiants et des parents, les manifestants portent plusieurs revendications. Ils réclament notamment plus de professeurs, de salles de classes, de places à l’université ainsi que la rénovation du bâti. Cette contestation a pris une telle ampleur qu’elle inquiète désormais le gouvernement. La crainte est d’autant plus grande que les jeunes ont pris d’assaut la Bastille, point de départ de la Révolution française.
Les réseaux sociaux alimentent le blocus des réseaux sociaux
Si le gouvernement accuse LFI et d’autres partis de l’opposition d’attiser la colère des jeunes, il critique aussi l’influence des réseaux sociaux. En effet, TikTok, Instagram, Snapchat, WhatsApp et X ont amplifié la mobilisation. Ces plateformes permettent aux élèves de communiquer rapidement, de partager des images et de rallier leurs camarades, donnant ainsi une nouvelle dimension à la contestation. Les stories, les vlogs et les montages vidéo à grand renfort d’intelligence artificielle sont particulièrement efficaces.
TikTok met à disposition un format puissant
Les séquences filmées directement par les manifestants montrent en temps réel les blocages, les cortèges, les slogans et parfois les affrontements. Cela a le don de galvaniser les jeunes, même les plus timides. Sur TikTok, en particulier, ces images peuvent être montées en musique et accompagnées de hashtags, ce qui leur permet d’être largement relayées. Les contenus utilisant les codes de la culture adolescente ainsi que l’intelligence artificielle contribuent également à attirer l’attention des jeunes et à encourager leur participation. En une semaine, une contestation apparue à Créteil s’est ainsi propagée rapidement dans différentes régions françaises comme une traînée de poudre.
Le blocus des lycées puise également sa force dans les smartphones
La force des réseaux sociaux repose aussi sur les smartphones, largement répandus aujourd’hui chez les jeunes. Chacun dispose de nos jours au moins d’un appareil, souvent emporté à l’école, bien que cela soit maintenant interdit. Les smartphones permettent aux lycéens de produire eux-mêmes les images du mouvement.
Cette production directe leur donne une visibilité que les médias traditionnels leur accordent parfois peu. Les vidéos peuvent documenter les revendications, sans filtres, incluant ainsi des scènes de violences ou de possibles violences policières. Dès lors, elles deviennent des témoignages susceptibles de rendre visibles des événements qui seraient autrement restés ignorés. Les réseaux sociaux constituent ainsi un puissant outil d’organisation des lycéens et de propagande aussi.
Vers une restriction des réseaux sociaux pour affaiblir le mouvement lycéen ?
Cette circulation rapide de l’information comporte toutefois des risques. Les réseaux sociaux favorisent également la propagation d’images sorties de leur contexte, de fausses informations et de contenus invérifiables. Les lycéens eux-mêmes en sont conscients. Ils reconnaissent la nécessité de sélectionner les sources et de privilégier les comptes d’organisations identifiées. Le volume des publications rend néanmoins difficile la vérification de toutes les informations diffusées.
Le blocus des lycées n’a pas forcément besoin réseaux sociaux et des smartphones
Malgré ces risques, les réseaux sociaux sont essentiels de nos jours pour porter une revendication. Craignant un embrasement général en France, certains élus évoquent dorénavant une possible restriction, voire un blocage des réseaux sociaux. Si le gouvernement se prête à ce jeu dangereux, la France reproduirait alors ce qu’elle reproche à des régimes autoritaires comme l’Iran. Mais mai 1968 n’a pas eu besoin des réseaux sociaux et des smartphones.
