Après le textile et les smartphones, notamment, c’est aux lunettes de miser sur le reconditionnement. À l’été 2025, Atol et ZAC se sont alliés pour lancer une offre de paires de luxe de seconde main. Un an plus tard, les partenaires souhaitent à présent accélérer collectivement le déploiement d’une filière française du reconditionnement optique, mêlant économie circulaire, accès aux soins et réindustrialisation.

Aujourd’hui encore, des millions de montures restent inutilisées, alors que près de 20 millions de paires (optiques et solaires) sont vendues chaque année en France. Pourtant, 47 % des Français se disent prêts à choisir des lunettes reconditionnées, d’après une étude Odoxa de 2024. Cette évolution des mentalités ne repose pas que sur le prix, mais également sur des considérations environnementales. Dès lors, le reconditionné devient un argument de différenciation majeur pour le secteur de l’optique.

ZAC s’allie à Atol pour vendre des lunettes reconditionnées

Ayant perçu ce changement, Atol annoncé à l’été 2025 son entrée au capital de la start-up lilloise ZAC, spécialisée dans la collecte et le reconditionnement de lunettes. Grâce à ce rapprochement, ZAC commercialise désormais sa marque de montures reconditionnées chez 600 opticiens du groupe Atol. L’entreprise nordiste propose une offre de lunettes de marques de luxe comme Cartier, Chloé, Céline et Prada. Elle a ouvert 100 points de vente, chacun recevant plus de 4 000 pièces. L’objectif est d’atteindre entre 50 000 et 100 000 paires à moyen terme.

Des techniciens en réinsertion chez Vitamine T à Lesquin

Fondée en 2020 par Ophélie Vanbremeersch, diplômée d’une école de commerce de Lille, ZAC développe sa marque de lunettes reconditionnées depuis cinq ans. La start-up dispose d’une équipe de techniciens appelés les « Sublimeurs de lunettes », en réinsertion chez Vitamine T à Lesquin, pour reconditionner ses montures. Le processus se veut rigoureux. Chaque appareil subit une intervention d’environ 20 à 25 minutes. Le travail d’orfèvre comprend le polissage, le changement des pièces défectueuses (manchons, plaquettes) et une remise à l’état complète.

ZAC accompagne ses lunettes reconditionnées d’une garantie légale de deux ans

Contrairement à de nombreux acteurs de l’occasion et de la seconde main, ZAC accompagne ses lunettes reconditionnées d’une garantie légale de deux ans, comme un produit neuf. De plus, la start-up leur attribue un numéro EAN, qui permet aux utilisateurs de bénéficier du remboursement par leur mutuelle. Grâce à cette approche, elle espère répondre à une exigence de professionnalisation du secteur : un reconditionné bien fait, contrôlé, traçable, fiable et accessible. Son association avec l’enseigne Atol vise à structurer la filière du reconditionné optique, pour faire des lunettes reconditionnées une vraie alternative crédible, alors que ces produits pèsent environ 10 % du marché global de l’optique.

ZAC a organisé une table ronde pour parler de la filière française du reconditionnement optique

Pour accélérer collectivement le déploiement d’une filière française du reconditionnement optique, ZAC a organisé une table ronde le mercredi 27 mai, dans un magasin Atol dans le 12e arrondissement de Paris. Cet évènement a réuni des acteurs économiques, mutualistes et politiques. Tous se sont accordés sur le fait que le reconditionnement des lunettes devait sortir de l’expérimentation marginale pour devenir une véritable filière de l’optique, avec à la clé un modèle mêlant économie circulaire, accès aux soins et réindustrialisation.

De la nécessité d’un accompagnement fiscal du secteur

Pour atteindre cet objectif, les participants ont appelé à la mise en place de plusieurs mesures. Parmi lesquelles figurent une TVA réduite sur les produits reconditionnés, des mécanismes de sur-remboursement pour les opticiens engagés dans cette démarche et une meilleure traçabilité des composants via des outils numériques. Présent lors de la rencontre, le sénateur Michel Canévet, vice-président de la commission des finances, a aussi plaidé pour un accompagnement fiscal du secteur. Le parlementaire a expliqué que « le développement de l’économie circulaire est un facteur important pour l’avenir de l’emploi et des activités dans notre pays ». D’après un sondage Greenflex, 87 % des Français privilégient l’économie circulaire.

Sans remboursement « la filière ne pourra pas se développer »

Michel Canévet défend notamment l’idée d’une TVA réduite à 5,5 % pour les dispositifs médicaux reconditionnés, afin de rendre les produits plus accessibles tout en limitant le recours à de nouvelles ressources naturelles. Partageant cette proposition, l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Firmin Le Bodo, a déclaré que sans remboursement « la filière ne pourra pas se développer ». Ophélie Vanbremeersch se satisfait déjà de ce qu’elle voit. La fondatrice de ZAC constate qu’« aujourd’hui, le cadre réglementaire existe, les premiers soutiens industriels sont opérationnels, les réseaux commencent à s’engager et les mutuelles se mobilisent ».

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